Accueil Politique Affi N’Guessan (président du Fpi), pour de profondes réformes constitutionnelles

Affi N’Guessan (président du Fpi), pour de profondes réformes constitutionnelles

Par Franck Tagouya
Une des factions du Fpi a choisi son candidat pour la présidentielle.

Le candidat de la branche du Front populaire ivoirien (Fpi, ancien parti au pouvoir dirigé par l’ex-Premier ministre), Pascal Affi N’Guessan, a déclaré doter la Côte d’Ivoire bientôt d’une nouvelle Constitution. Il s’exprimait, le 1er août 2020 au Palais de la culture à Treichville, après que le Congrès éclaté qui s’y tenait concomitamment avec plus de 24 autres régions et districts politiques, l’ait choisi, comme candidat du parti pour l’élection présidentielle d’octobre 2020. Le candidat du Fpi, trouve qu’on ne doit pas être inquiet pour les changements constitutionnels qui sont incontournables. A l’époque, en 2016 précisément, il dit avoir milité en faveur de la réforme de la Constitution ivoirienne. Seulement cela ne s’est pas fait dans la démarche et avec le contenu souhaité, estime-t-il. Si la Constitution est un contrat entre les Ivoiriens, soutient l’ex proche collaborateur de Laurent Gbagbo, on ne doit pas l’élaborer de façon isolée. Une Constitution n’est pas faite pour satisfaire un camp ou pour faire plaisir à une personne. C’est pourquoi, il est impératif, a-t-il déclaré, de faire participer toutes les entités du pays, voire la plus insignifiante.

Parce que ‘’si une entité est méprisée lors du processus d’adoption d’une nouvelle Constitution, on finira par rompre le contrat et ouvrir la porte aux conflits’’. Affi pense qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a pas encore eu de vrai débat sur la Constitution. Qui ajoute que le parti unique a été imposé et n’a pas été un choix des Ivoiriens. En 1990, à l’avènement du pluralisme, certains pays ont saisi l’opportunité pour se doter d’une Constitution démocratique à travers des conférences nationales. Cela n’a pas été le cas pour notre pays la Côte d’Ivoire. C’est ce qui a entraîné, selon lui, le coup d’Etat de 1999 et la rébellion de 2002, notamment. Alors qu’on savait depuis 1990 qu’il y a des personnes qui ont édicté la charte du nord qui affirmait un certain nombre de préoccupations, d’orientations, de règles, de principes. C’est à dire le principe régionaliste, le principe clanique puisque les gens considéraient qu’il fallait prendre le pouvoir pour servir une localité.

C’est pourquoi le Fpi proposera, une fois le pouvoir reconquis, les Etats généraux de la République qui doivent être le cadre de l’association de toutes les entités à la réflexion sur une nouvelle Constitution. Mais déjà, le parti créé par Laurent Gbagbo a des propositions en termes de réforme institutionnelle. Il s’agit, entre autre ; de la suppression de la vice-présidence et du Sénat, la communalisation, la régionalisation contre la centralisation par la création de 12 Districts. En fait, il faut mettre fin, selon Affi N’Guessan, à la centralisation, à la concentration des pouvoirs dans les mains d’une seule personne. Ce qui a créé trop de problèmes à la Côte d’ivoire. ‘’A partir du moment où vous centralisez les pouvoirs administratifs et financiers dans les mains d’un individu ou d’un petit groupe d’individus, cela va fatalement créer le clientélisme, le népotisme voire l’autocratie.

N’oublions pas que le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. Quand c’est une seule personne qui détient les clés de la caisse et est habilitée à redistribuer les biens, c’est le pouvoir qu’on lui donne. Ce pouvoir peut le corrompre. Il ne saurait faire les choses dans les règles mais selon son bon vouloir. Il sera enclin à sanctionner ceux qui sont récalcitrants et récompenser ceux qui sont dociles puis utiliser son pouvoir pour fonder un régime autocratique. « Si nous voulons que le pays connaisse la paix, la stabilité et le progrès, il faut absolument décentraliser autour des régions et communes et déconcentrer dans les districts » tranche Affi N’Guessan. Le pouvoir de l’Etat sera remis entre les mains de 12 districts et les compétences décentralisées seront remises entre les mains de 30 Conseils régionaux et des 189 communes. Les communes sont contrôlées au plus près par les populations. Puisque tous les cinq ans, les Maires devront solliciter les voix de leurs administrés. Et si le Maire a les moyens, il pourra mieux réaliser des projets en faveur des populations qui ont les moyens de le sanctionner.

Contrairement au ministre qui ne rend compte qu’au président de la république. Si ce ministre est dans les bonnes grâces du président, même s’il détourne les fonds, il peut toujours rester à son poste. Puisqu’il n’est soumis à aucun contrôle démocratique. Il faut donc faire maigrir l’Etat central au profit des entités locales. Il y a de nombreux fonctionnaires à Abidjan, dans les Tours administratives qui sont exploités à 30 ou 40 % de leurs potentiels ; alors qu’on a besoin d’eux à l’intérieur du pays. Dans les communes et Conseils régionaux, il y a des besoins d’ingénieurs, d’administrateurs qui pourront traiter directement les problèmes des populations. Le candidat du Fpi trouve qu’il y a une mauvaise utilisation des ressources publiques. L’avantage des reformes qu’il veut apporter, est qu’on aura plus un pays qui a une grosse tête mais des petits pieds : la grosse tête c’est Abidjan qui concentre toute l’activité économique du pays. A l’intérieur du pays, il n’y a rien, pas d’usine, pas d’économie en tant que tel.

La seule économie qu’on voit, ce sont ceux qui vendent au marché et les boutiques qui sont installées aux abords des routes. « C’est ça l’économie locale ? » questionne Affi. Si 70 % des fonctionnaires sont décentralisés à l’intérieur du pays ; par exemple à Dimbokro, là où il n’y avait que 100 fonctionnaires, on en aura désormais 300 ou 400 avec lesquels une économie peut naître. Puisqu’ils vont consommer, se déplacer et s’amuser… Ce qui va créer une économie dynamique. Et parce qu’il y a un pouvoir d’achat qui existe, des usines vont s’installer. Une vie économique pourra ainsi exister comme on le voit en Europe, où la vie économique n’existe pas que dans les grandes villes.

A propos du désistement en cas d’une candidature de Laurent Gbagbo, Affi N’Guessan a déclaré que ce qu’il avait dit, est encore valable. Mais en attendant, il faut continuer le chemin. « S’il y a un changement, un nouveau contexte et de nouvelles propositions, on les analysera par rapport à ces réalités et ce qui est bien pour le Fpi » rassure-t-il. Pour lui, il ne s’agit pas de choisir un candidat pour choisir, mais il faut analyser plutôt les chances de gagner l’élection avec tel ou tel candidat, à moins de ne pas avoir pour objectif de gagner l’élection. Contrairement à ceux qui veulent que ce soit le choix d’un candidat à priori et par principe. Il a avancé que l’union au sein du Fpi est encore possible et souhaitable avant le scrutin présidentiel.
Un chèque de 50 millions a été remis par les membres du secrétariat général au candidat pour payer sa caution.

Franck Tagouya

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