Accueil Politique Arrêté sous les balles, incarcéré à la Haye…, Laurent Gbagbo retombe sur ses pieds

Arrêté sous les balles, incarcéré à la Haye…, Laurent Gbagbo retombe sur ses pieds

par Sylvain Namoya
L'ex Président ivoirien toujours en résidence surveillée à la Haye.

Les grandes étapes de la vie de Laurent Gbagbo (SUITE ET FIN)
L’ancien Président ivoirien, Laurent Gbagbo (2000-2010), en résidence surveillée à Bruxelles (Belgique), après son procès à la Cour pénale internationale (Cpi), pour crimes contre l’humanité, a 75 ans. Nous levons le voile, à travers une série d’articles, sur un pan de sa tumultueuse vie d’homme politique ivoirien.

31 octobre 2010
Premier tour de l’élection présidentielle avec 14 candidatures retenues par le Conseil constitutionnel, dont celle d’une femme. Huit de ces candidats représentent des partis et six d’entre eux sont indépendants. La campagne du premier tour s’est généralement déroulée dans le calme. N’ont été constatées que quelques altérations d’affiches électorales et des accrochages isolés et mineurs entre militants.

03 novembre 2010
Proclamation des résultats du 1er tour de l’élection présidentielle par la Commission électorale indépendante (Cei), dirigée par Youssouf Bakayoko. Résultats confirmés par le Conseil constitutionnel présidé par Paul Yao N’Dré et cerifiés par le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu. Le taux de participation définitif de ce 1er tour de la présidentielle est de 83,67%, selon le Conseil constitutionnel.

RESULTATS DU 1ER TOUR DE L’ÉLECTION PRESIDENTIELLE
Electeurs inscrits : 5 784 490
Votants : 4 843 445
Taux de participation : 83,73%
Suffrages nuls : 225 624
Suffrages exprimés : 4 617 821
Ont obtenu :
Bédié Konan Aimé Henri : 1 165 532 ; soit 25,24%
Gbagbo Laurent : 1 756 504 ; soit 38,04%
Mabri Toikeusse Albert : 11 8671 ; soit 2,57%
Ouattara Alassane : 1 481 091 ; soit 32,07%

Pour le Conseil constitutionnel, les opérations de vote ont été régulières et son président a laissé entendre qu’aucune réclamation ne lui avait été adressée durant le délai de recours prévu par la loi. L’opposition avait annoncé, trois heures plus tard, qu’elle allait demander un recomptage des voix. Le candidat Bédié, qui a fait une campagne plus en retrait, a tenté vainement de contester le résultat. Quant à l’entre-deux tours, il a été marqué par une reconfiguration profonde du paysage politique et en particulier par un renforcement de la cohésion du bloc de l’opposition, dont le Pdci-Rda d’Henri Konan Bédié. L’électorat traditionnel de ce parti s’est donc retrouvé en position de « faiseur de roi » ; les consignes de vote du Président du Pdci-Rda devenant déterminantes.

La campagne du second tour a pris un ton violent, absent du premier tour, du fait principalement du camp présidentiel. Elle a été marquée par une radicalisation des positions et un durcissement très notable des échanges, causant des violences et des intimidations de la part des militants. Au premier comme au second tour, la visibilité des candidats dans les médias du service public (TV et radio, notamment) a été fortement déséquilibrée en faveur du candidat de ‘’La Majorité Présidentielle’’ (Lmp).
(reliefweb, Côte d’Ivoire Rapport final élection présidentielle 2010. Source : EU publié le 25 janvier 2011.)

18 NOVEMBRE 2010
« Dans le cadre de la précampagne du 2è tour de l’élection présidentielle, des personnes s’adonnent, depuis quelque temps, à la projection de films à l’attention des populations, films dont la trame est articulée autour d’atrocités de guerre auxquelles la crise ivoirienne a, malheureusement, donné lieu. Ces films, de par leur contenu, troublent l’ordre public car ils exposent dans bien des cas, des populations mineures ou vulnérables, à la violence d’images de guerre ou d’images liées à la guerre et réveillent les traumatismes et souffrances causées aux populations depuis septembre 2002. Ces films peuvent aussi être à l’origine de tension au sein des populations…A compter de ce jour et pour prévenir tout trouble à la tranquillité et à la moralité publique, le Ministre de l’Intérieur demande à toutes les personnes qui s’adonnent à ce genre de pratique d’y mettre immédiatement un terme.
Communiqué du ministère de l’Intérieur signé par Zoguéhi Auguste, Directeur de Cabinet Adjoint Chargé de l’Administration du Territoire du 18 novembre 2010
In Fraternité Matin N°13 809 du 19/11/10 P8

26 NOVEMBRE 2010
Décret N°2010-307 du 26 novembre 2010 instituant un couvre-feu. La décision a été annoncée la veille, par Laurent Gbagbo à la télévision ivoirienne lors de son face à face avec le candidat du RHDP : Alassane Ouattara ; même si ce dernier l’a désapprouvé estimant que cela dramatiserait les choses.
Fraternité Matin N°13815 du 26/11/10
Fraternité N°13818 du 30/11/10 P4

28 NOVEMBRE 2010
Alors que Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, médiateur dans la crise ivoirienne, qui a séjourné dans le pays, avait négocié et obtenu la levée du couvre-feu, Laurent Gbagbo vient ce jour, de signer un communiqué maintenant ledit couvre-feu « en raison de la situation sécuritaire précaire qui prévaut dans le pays en ce jour de vote et prenant bonne note de la requête de la Cei. »
Fraternité N°13818 du 30/11/10 P4

28 NOVEMBRE 2010 : 2è TOUR DE LA PRESIDENTIELLE
Après l’annonce des résultats provisoires, les médias audiovisuels de service public ont continué à manifester un grand appui au pouvoir en place et ont manipulé l’information. Les journaux télévisés de la Rti ont été l’objet de manipulations et de désinformation. La presse écrite s’est révélée très partisane lors du premier tour. Les organes de régulation, à l’exception du Cnp (Conseil national de la presse), ont été dans l’incapacité de formuler une réponse adéquate aux dérives constatées lors de la campagne du second tour (…)


Le camp de Laurent Gbagbo a adopté une stratégie par étapes, consistant d’abord à susciter un climat de tension pendant la campagne du second tour, déstabilisant l’environnement électoral et créant des tensions alimentées par certains médias publics. Cela a justifié, en retour, la décision présidentielle d’instaurer un couvre-feu la veille du second tour. Ce couvre-feu a fragilisé encore plus le processus et a généré des violences motivant ainsi l’usage de mesures arbitraires accroissant le climat de peur et d’instabilité.
(reliefweb, Côte d’Ivoire Rapport final élection présidentielle 2010. Source : EU publié le 25 janvier 2011.)

02 DECEMBRE 2010
Résultats proclamés par la Cei
Alassane Ouattara : 54,10%
Laurent Gbagbo : 45,9%
Résultats confirmés et certifiés, comme au 1er tour, par le Sud-coréen Young-Jin Choi, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en Côte d’Ivoire.

L’armée annonce la fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes du pays, après l’annonce, par la Commission électorale, de la victoire d’Alassane Ouattara. Le Conseil constitutionnel estime que ces résultats ne sont pas valides. Son président, Paul Yao N’dré, a délaré que la Cei n’a pas été capable de proclamer les résultats dans le délai légal des 72 heures suivant le scrutin. La barre fatidique de mercredi minuit ayant été dépassée, «la Cei n’est plus à même de décider quoi que ce soit», a tranché Paul Yao N’dré. Il a informé également qu’il ‘’vient d’envoyer une lettre au président de la Cei’’ lui demandant de lui transmettre ‘’les documents relatifs aux contestations de vote dans le nord du pays’’. Il a précisé que les décisions sur ces litiges seraient rendues dans un délai de sept (7) jours. C’est après seulement que devraient être proclamés les résultats définitifs. Les autorités ivoiriennes ont également ordonné «la suspension sans délai» de la diffusion des chaînes de télévision d’information étrangères, qui ont annoncé les résultats. (Le Figaro du 02 décembre 2010)

Décision du Conseil Constitutionnel après avoir invalidé les résultats de 07 départements du nord du pays pour diverses « irrégularités flagrantes, de nature à entacher la sincérité du scrutin ». Il s’agit de Bouaké, Korhogo, Ferkessédougou, Katiola, Boundiali, Dabakala et Seguéla :
Laurent Gbagbo : 51,45%
Alassane Ouattara : 48,55%
RFI du 03/12/2010

04 DECEMBRE 2010
Laurent Gbagbo prête serment au Palais présidentiel et Alassane Ouattara prête serment à l’hôtel du Golf où il s’est recroquevillé avec ses partisans depuis le début de la crise postélectorale. Il s’en suit une crise et une guerre postélectorales qui se soldent par, officiellement, 3000 morts.

11 AVRIL 2010
Laurent Gbagbo est arrêté dans son ‘’bunker’’ par les Forces armées de son rival aidées des Forces armées françaises et conduit à l’hôtel du Golf.

06 MAI 2011
Un nouvel arrêt est rendu par le Conseil constitutionnel dirigé par Yao N’dré qui proclame Alassane Ouattara, Président élu. Celui-ci a affirmé au cours de la cérémonie, qu’il avait été habité par le diable, lors de la proclamation des résultats après ceux de la Cei qu’il avait invalidés.

13 AVRIL 2011
Laurent Gbagbo est transféré, par hélicoptère, au nord de la Côte d’Ivoire, a annoncé à l’AFP le porte-parole de la mission des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), Hamadoun Touré.
Le gouvernement ivoirien avait annoncé que l’ex Président ivoirien était assigné à résidence « en attendant l’ouverture d’une enquête judiciaire ».
L’Obs du 13 avril 2011

30 NOVEMBRE 2011
L’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (Cpi), est incarcéré aux Pays-Bas, à Scheveningen, dans les faubourgs de la Haye. Le mardi 29 novembre 2011, en tout début d’après-midi, le procureur de la République de Côte d’Ivoire a signifié à Laurent Gbagbo le mandat d’arrêt émis, sous-scellés, par la Cpi.
RFI du 30/11/2011

28 JANVIER 2016
Ouverture du procès de Laurent Gbagbo à la Haye pour des charges de crimes contre l’humanité (meurtre, viol, autres actes inhumains ou – à titre subsidiaire –tentative de meurtre, et persécution) ; prétendument perpétrés dans le contexte des violences post-électorales en Côte d’Ivoire entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011. 231 jours d’audience ont été dédiés à la présentation des moyens de preuves du Procureur et 82 témoins du Bureau du Procureur ont déposé en audience ou par lien vidéo ; des milliers de documents ont été enregistrés en tant qu’éléments de preuve, et des centaines de requêtes et décisions ont été faites.

03 OCTOBRE 2017
Au 2e jour du contre interrogatoire par la Défense de l’ex Chef de l’État ivoirien à la Cpi, Philippe Mangou, ex Chef d’Etat-Major de Laurent Gbagbo, un acteur clé de la crise postélectorale, a déclaré : ‘’je savais qui avait gagné les élections. Notre mission de militaires, ce n’est pas de protéger une personne qui a perdu les élections. C’est pour cette raison que j’ai refusé de faire la guerre’’.

15 JANVIER 2019
Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont acquittés par la Chambre de première instance I, à la majorité, de toutes les charges de crimes contre l’humanité prétendument perpétrés en Côte d’Ivoire en 2010 et 2011.
Mais la procureure, Fatou Bensouda interjette appel et les mis en cause, bien que déclarés non coupables, sont soumis à une liberté conditionnelle. Elle estime que l’ex Président ivoirien, bénéficiant d’un vaste réseau, pourrait fuir la justice internationale au cas où il serait cité à comparaitre.

29 JUILLET 2019
‘’Conformément à la tradition africaine’’, Henri Konan Bédié, Président du Pdci-Rda, accompagné de son épouse, rend visite, à Bruxelles, à ‘’son jeune frère’’, Laurent Gbagbo, Président du Fpi, son homologue ancien président de la République de Côte d’Ivoire. ‘’Le président Laurent Gbagbo, s’est dit heureux et fier de cette visite fraternelle et la considère comme un acte fort, à la fois républicain et fraternel qui doit être partagé et soutenu, dans l’amorce de la Réconciliation nationale, par tous les Ivoiriens, les Ivoiriennes et par tous ceux qui vivent dans notre cher et beau pays, la Côte d’Ivoire’’.
Cf Communiqué qui a sanctionné la rencontre du 29 juillet 2019

28 MAI 2020
La Chambre d’appel de la Cour pénale internationale a décidé de réexaminer la nécessité de maintenir les conditions imposées à la mise en liberté de Laurent Gbagbo et son co-accusé, Blé Goudé, acquittées, le 15 janvier 2019. Elle a donc décidé de révoquer les conditions suivantes : ne pas se déplacer en dehors des limites de la municipalité dans laquelle ils résident dans l’État d’accueil, à moins d’y avoir été expressément autorisés au préalable par la Cour ; remettre au Greffe toutes les pièces d’identité dont ils disposent, en particulier leur passeport ; se présenter chaque semaine auprès des autorités de l’État d’accueil ou auprès du Greffe ; sans oublier la condition de se conformer à toute autre condition raisonnable imposée par l’État dans lequel ils seront libérés. En d’autres termes, ils retrouvent leur totale liberté de mouvement et de parole. Ils sont rentrés en possession de leurs passeports et peuvent ainsi se rendre dans les 123 pays membres de la Cpi ; y compris la Côte d’Ivoire, leur pays.
(SUITE ET FIN)

Dossier réalisé par Sylvain Namoya

You may also like

Laissez un commentaire