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Ces dirigeants africains qui se soignent dans leurs pays quand ils sont malades

par Franck Tagouya
Depuis les indépendances, les dirigeants africains ont pris l’habitude de se faire soigner à l’étranger.

Depuis les indépendances, les dirigeants africains ont pris l’habitude de se faire soigner à l’étranger. Cette pratique trouvait sa raison dans le fait que les jeunes Etats d’alors n’avaient pas assez de moyens techniques et humains pour la prise en charge de toutes les pathologies. Malheureusement après 60 ans d’indépendance, les dirigeants du continent font plus confiance aux systèmes médicaux des pays étrangers, même pour des simples contrôles médicaux de routine ou pour une rage de dent. Il serait hasardeux de faire une liste exhaustive des dirigeants africains qui sont abonnés à cette pratique à l’hôpital américain de Neuilly, à la Salpêtrière de Paris ou au centre hospitalier Quirón de Marbella… en Allemagne.


La crise de la pandémie de la covid-19 a fait penser que les dirigeants africains se sont ressaisis, puisque la quasi-totalité des cas de contamination au coronavirus dans les rangs des dirigeants en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, en Guinée, au Nigeria … ont été pris en charge localement, vu que « les systèmes bien rodés des évacuations de Vip »ne pouvaient plus bien fonctionnés. Mais l’actualité de ces derniers jours a vite fait déchanter tout le monde. Le tourisme médical continue même si les dirigeants africains se sentent désormais obligés de communiquer sur leurs états de santé.

Alors que la facture de ce tourisme est très salée tant pour les autorités que le citoyen moyen. Selon africanews.com, la facture du tourisme médical pour les africains en 2016, s’élève à plus de 06 milliards de dollars. Au niveau des autorités publiques, la facture est encore plus lourde. Les Chefs d’Etats, par exemple, se déplacent avec un protocole et dans des jets coûteux, affrétés par leurs soins, au compte du contribuable. Le coût du stationnement de l’avion de Muhammadu Buhari pendant 4 mois à Londres en 2017, a été estimé à 360 000 £, soit près de 445 mille dollars US, révèle Africanews. En Ouganda, la facture des soins médicaux à l’étranger des hauts fonctionnaires d’Etat, soutient-ont, pourrait construire 10 hôpitaux publics.
Dans cette vague, il faut saluer la mémoire des anciens présidents Yar’Adua du Nigeria, Atta Mills, du Ghana qui étaient restés dans leurs pays, alors qu’ils ne se portaient pas bien. Leurs exemples devraient encourager l’élite africaine, les leaders politiques qui se bousculent aux portes des palais présidentiels des Etats à faire du développement des systèmes de santé, de l’amélioration des plateaux techniques sanitaires et des infrastructures sanitaires solides, une réalité.
Il faudrait désormais que les citoyens africains prennent conscience qu’il leur revient de réclamer de leurs dirigeants ce développement et d’imposer des régulations pour freiner le tourisme médical.

Ce développement devrait passer, comme le souligne Dr Benjamin Olagboye, spécialiste des questions liées à la fragilité et à l’effondrement des Etats, dans la tribune Débat du journal Le Monde du le 17 mai 2020, par « une vision stratégique de la puissance publique pour investir dans les secteurs essentiels de la gouvernance », avec une attention particulière pour le financement conséquent de la formation et de la recherche. Pour lui, l’épisode de la covid-19 « devrait mobiliser, au sein des Etats africains, des approches structurelles de santé communautaire débarrassées de la corruption, en faisant participer les citoyens à la gestion de leurs propres systèmes de santé ».

Franck Tagouya

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