Accueil Politique Côte d’Ivoire : les vrais enjeux du meeting du stade Houphouët-Boigny du 10 octobre 2020

Côte d’Ivoire : les vrais enjeux du meeting du stade Houphouët-Boigny du 10 octobre 2020

Par Sylvain Namoya
L'opposition veut faire une démonstration de force.

L’opposition ivoirienne, qui a réussi son unité face au candidat du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), Alassane Ouattara-qui brigue un 3è mandat controversé-, appelle à un grand rassemblement des Ivoiriens, le samedi 10 octobre 2020, au stade Houphouët-Boigny d’Abidjan-plateau (commune abidjanaise des affaires). Depuis l’annonce de ce meeting, les réseaux sociaux sont littéralement pris d’assaut par les appels au rassemblement des leaders politiques ivoiriens : Maurice Kakou Guikahué, Secrétaire exécutif en Chef du Pdci-Rda dirigé par Henri Konan Bédié, Simone Ehivet-Gbagbo, l’épouse de l’ex-Président Laurent Gbagbo, 2è vice-présidente du Front populaire ivoirien (Fpi), Pr George Armand Ouégnin (Eds), proche de Gbagbo, Assoa Adou, Secrétaire général d’une des tendances du Fpi, Pascal Affi N’guessan, président de la tendance officielle du Fpi, Mamadou Koulibaly (Lider), Niamien Konan (Nouvelle Côte d’Ivoire), Blé Goudé (Cojep), depuis la Haye (Belgique), son lieu de détention etc. Tous, appellent leurs militants à ‘’gbé le félicia’’ ; c’est-à-dire à remplir le ce stade qui a également servi à l’investiture du candidat du Rhdp, le 22 août dernier.

Sonné par la pression nationale et les déclarations de la communauté internationale qui insistent sur une élections ‘’inclusive, transparente et apaisée’’, le Rhdp tente de sortir la tête de l’eau en invoquant la propension de l’opposition à faire du ‘’tout sauf Ouattara’’ ; c’est-à-dire à limiter son combat contre la personne de Ouattara. Piégé par l’opposition qui a demandé le même stade pour son meeting, au moment où la délégation conjointe Onu-UA-Cedeao organisait des rencontres avec toutes les parties ivoiriennes à Abidjan et où les manifestations publiques sont interdites par le gouvernement, le pouvoir semble tétanisé en interpellant les organisateurs sur les risques de débordement que pourraient occasionner ce rassemblement, capitale, pour les opposants à Ouattara.


Kobenan Kouassi Adjoumani, porte-parole du Rhdp, a apostrophé récemment le Secrétaire exécutif du Pdci-Rda, Maurice Kakou Guikahué sur des rumeurs faisant état de ce que les militants qui vont converger vers le lieu de rassemblement y resteront jusqu’au départ d’Alassane Ouattara du pouvoir, puisque, selon ces opposants, la Constitution ivoirienne ne lui permet pas de briguer un 3è mandat. On leur prête même des ‘’velléité insurrectionnelles’’. Mais à écouter les organisateurs de la marche, les véritables enjeux du meeting sont ailleurs.

Du respect de la Constitution
Outre l’opposition, des éminents experts du droit constitutionnel, comme le Professeur Martin Bléou, Agrégé de droit public et science politique, Professeur titulaire des Universités, Président d’honneur de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme et ancien vice-président de l’Union interafricaine des droits de l’homme, l’ont dit : le Président sortant ne peut pas briguer un 3è mandat au regard de la Constitution de 2016 qui n’autorise que deux mandats. C’est l’argument que les pontes du pouvoir ont développé pendant la campagne référendaire pour obtenir le ‘’oui’’ à la modification de cette loi fondamentale. C’est ce que vient de confirmer Marcel Amon Tanoh, ancien Directeur de cabinet du Président Ouattara, ancien ministre des Affaires étrangères et ami personnel d’Alassane Ouattara depuis plus de 26 ans, dans une récente émission à Life TV, du 07 octobre dernier.

En outre, après 1995 et 2000 où il n’a pas pu être candidat à l’élection présidentielle, au regard de la loi, c’est par l’article 48 de la Constitution ivoirienne que Laurent Gbagbo, Président de la République de l’époque, a fait de Ouattara, candidat à l’élection présidentielle de 2010, ‘’pour un mandat’’. De plus, prétextant que la pandémie à coronavirus empêcherait les travaux parlementaires, il a organisé, à la sauvette, une révision de la Constitution par les parlementaires de son parti, puis une modification du Code électoral par Ordonnance sans loi de réhabilitation. L’opposition ivoirienne estime que ‘’trop, c’est trop’’ et que pour une fois, il faut que l’ancien président du Rdr respecte les lois de son pays.


Des conditions d’élections justes, inclusives et transparentes

On tombe des nues quand on voit aujourd’hui l’acharnement du Chef de l’Etat ivoirien à organiser des élections sans garantir un minimum de transparence et ce, dans la défiance. Pourtant, c’est surtout parce que le Rdr (Rassemblement des Républicains), dont il était le président, n’avait pas confiance en la Commission électorale, après la présidentielle de 2000, qu’il y a eu les Accords de Lomé, Linas Marcoussis, Accra I, II et III, Pretoria I et II ; puis et enfin le dialogue direct Gbagbo-Soro avec la médiation du Président du Faso, Blaise Compaoré, en 2007. Les opposants disent à qui veut les entendre qu’ils n’ont pas confiance en la Cei présidée par Ibrahime Coulibaly-Kuibert ; encore moins au Conseil constitutionnel de Mamadou Koné, qui, pour eux, est loin d’avoir dit le droit, en éliminant, par des ‘’arguments fallacieux’’ de parrainage, quarante des 44 candidats à l’élection présidentielle du 31 octobre et en validant la candidature ‘’anticonstitutionnelle’’ d’Alassane Ouattara.

Pire, ils brandissent des ‘’fraudes massives’’ sur la liste électorale et demandent un audit international de cette liste. Lequel audit a été une exigence de l’opposition amenée par Ouattara en 2010. Mettant ainsi à nu, le vœu pieu du Président ivoirien, comme l’a recommandé Barack Obama, l’ancien Président américain, de mettre en place des Institutions fortes au lieu des hommes forts. Malgré l’appel au dialogue des religieux, Rois et chefs traditionnels, partis politiques, société civile et même de la communauté internationale, le chef de l’Etat sortant, fonce, tête baissée, dans le mur. Donnant l’impression que sa candidature est une question de vie ou de mort.

Du respect de la parole donnée, en public
Le 5 mars 2020, devant tout le parlement réuni en congrès, à Yamoussoukro, terre natale du Président Félix Houphouët-Boigny, 1er Président du pays et dont il se réclame, pour avoir été son seul Premier ministre ; devant les Présidents des Institutions de la République, les Rois et Chefs traditionnels et la nation entière, Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire, avait juré, la main sur le cœur, qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle à venir.

Contre toute attente et arguant la mort du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, candidat de son parti, le Rhdp, il déclare le 06 août 2020, qu’il est candidat, au mépris de l’éthique et de la morale. Ils sont donc nombreux, ceux qui s’interrogent aujourd’hui sur ce que vaut encore la parole donnée du Président de la République de Côte d’Ivoire. C’est donc pour ‘’dire non, à cette forfaiture, que la Côte d’Ivoire se rassemble’’ pour ce ‘’giga meeting’’ à l’ancien stade Géo André, comme l’avait fait en 1958, le Président Houphouët-Boigny, pour rassembler tous les Ivoiriens, de tout bord, autour de la mère-patrie, avant l’indépendance de son pays, le 7 août 1960.

Sylvain Namoya

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