Accueil Société Dabou : Les affrontements intercommunautaires enterrent les appartenances politiques

Dabou : Les affrontements intercommunautaires enterrent les appartenances politiques

par Franck Tagouya
Les affrontements intercommunautaires à Dabou ont fait au moins 10 morts.

Quand les affrontements intercommunautaires commencent, plus personne ne se soucie de l’appartenance politique de celui qui est en face. La seule préoccupation, il est de quelle communauté ? Pourtant, rien ne prouve que les victimes malinkés sont tous du Rhdp (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix, parti au pouvoir). Rien non plus n’indique que les victimes Adioukrou soutiennent toutes, l’opposition, dans son combat contre le 3è mandat controversé du Président ivoirien Alassane Ouattara.

Le drame, comme faisait remarquer un de nos interlocuteurs, c’est le cas des personnes qui ne s’intéressent même pas à la politique, mais qui se retrouvent, bien souvent, au mauvais endroit et au mauvais endroit ; surtout le cas des enfants, des personnes âgées, des malades et des handicapés. On cite à Dabou et à loisirs, le cas de ce monsieur, sans coloration politique, battu à sang par un groupe de personnes, à cause de son appartenance communautaire, alors qu’il partait travailler dans une plantation pour pouvoir nourrir sa famille. C’est aussi le cas pour ces familles Adioukrous qui sont obligées d’abandonner leurs domiciles à Dabou pour rejoindre leurs villages.

Ainsi donc des maisons ont été cassées ou brûlées, des biens mobiliers détruits. Le fruit de plusieurs années d’économie et de sacrifice disparaît en une fraction de seconde. Comme ça. Même si le gouvernement venait à les dédommager, cela ne pourrait jamais gommer les meurtrissures psychologiques. Ces personnes qui n’ont besoin que de paix pour vendre juste un peu de marchandises afin de faire face aux besoins existentiels, sont ainsi outrés par le fait de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Pendant ce temps, la politique continue. Les politiciens aussi, avec leur politique meurtrière, comme l’ont chanté ‘’les Salopards’’, qui s’interrogeaient d’ailleurs : ‘’ne vois-tu pas partout ces gens meurent à cause de toi ?’’.


Victor Cherbuliez a écrit dans « Les hommes et les choses du temps présent » (1883) : ‘’lorsqu’on ne s’occupe pas de politique, elle vous joue quelquefois le mauvais tour de s’occuper de vous’’. Mais les hommes politiques ne devraient jamais oublier que la politique, c’est aussi le compromis perpétuel : entre compromis et compromission. L’admettre et l’appliquer épargnera assurément des vies et des biens. Et ce sera mieux pour la société. Rappelons que les manifestations de protestation de l’opposition contre le 3è mandat jugé anticonstitutionnel du Chef de l’Etat ivoirien depuis le début du mois d’août dernier, se sont muées en affrontements entre communautés dans certaines villes du pays : Daoukro, Bonoua, Bongouanou, Dabou… Dans cette dernière ville, située à environ 50 km au sud d’Abidjan, le bilan fait ressortir une dizaine de morts et une centaine de blessés par balles ou à la machette.

Franck Tagouya

You may also like

Laissez un commentaire