Accueil Politique Gervais Coulibaly (Cap-Udd) : ‘’le Premier ministre Hamed Bakayoko doit prendre ses responsabilités’’

Gervais Coulibaly (Cap-Udd) : ‘’le Premier ministre Hamed Bakayoko doit prendre ses responsabilités’’

par La rédaction
Gervais Coulibaly prône le dialogue entre les acteurs politiques ivoiriens.

Le Cap-Udd (Cap-Unir pour la démocratie et le développement), votre parti, va-t-il participer à l’élection présidentielle du samedi 31 octobre prochain ?
Le parti y participera certainement, mais pas avec un candidat issu du Cap-UDD

Et pourquoi ?
Tout simplement parce que le Cap-UDD n’est pas prêt à aller à ces élections-là avec un candidat à lui, membre du parti.

Allez-vous donc appeler à soutenir un autre candidat ?
Certainement. Nous participerons donc aux élections en soutenant un autre candidat que nous vous annoncerons très bientôt.

Pour bénéficier de votre soutien, quelles sont les conditions que ce candidat devra remplir ?
Partager avec nous les mêmes valeurs démocratiques, avoir une vision de la société ivoirienne qui réponde aux valeurs de la sociale démocratie que nous prônons. Le dialogue devra tenir une place essentielle dans ce projet de gouvernement.

Où se situe le Cap-UDD au niveau des deux grands blocs, le pouvoir et l’opposition ?
Le Cap-UDD est dans l’opposition puisqu’il n’est pas au gouvernement.

Quels commentaires faites-vous de la radiation de Gbagbo, Soro et Blé Goudé de la liste électorale ?
Il y a deux aspects dont il faut tenir compte. Le premier aspect, c’est l’aspect judiciaire. Nous ne nous prononcerons pas sur cet aspect parce que nous ne sommes pas des spécialistes de la question. Par contre, concernant le deuxième aspect qui est l’aspect politique et social, nous pensons qu’il faut tenir compte de l’environnent sociopolitique du pays. Dans notre cas d’espèce, ces radiations ne sont pas faites pour aider à la réconciliation et à l’apaisement du climat social dans lequel nous vivons.

L’on aurait donc pu régler ce problème-là, en tenant compte des exigences que requièrent la réconciliation et la cohésion sociale que notre peuple appelle de ses vœux. Radier le Président Laurent Gbagbo, le Premier Ministre Soro Guillaume, et le ministre Charles Blé Goudé de la liste électorale, ne présentait pas un intérêt vital pour la Côte d’Ivoire en comparaison avec le climat délétère fait de suspicion et de méfiance que créent actuellement leurs radiations.

Maintenant que proposez-vous, étant donné que c’est déjà fait ?
Je pense qu’il faut les réintégrer sur la liste électorale afin de leur permettre d’être candidats s’ils le veulent, et cela dans l’intérêt de la paix dans notre pays.
Vous conviendrez avec moi que leur absence de la liste électorale n’apporte rien de bon à la situation sociale actuelle.

En dépit de la radiation de Gbagbo, ‘’Ensemble pour la démocratie et la souveraineté’’ (Eds), la plateforme dont il est le référent, a décidé de déposer sa candidature, ce lundi, à la Commission électorale indépendante (Cei). Qu’en dites-vous ?

Permettez que je ne commente pas les actes d’une plateforme qui est une plateforme amie. Le professeur Armand Ouégnin n’est pas n’importe qui. Il sait ce qu’il fait, et moi aussi. Je le soutiens donc dans cette action et le Cap-UDD aussi.

L’avocate de Laurent Gbagbo dit que son client n’a pas encore eu de suite par rapport à sa demande de passeport ? Comment trouvez-vous cela ?

Tout citoyen a le droit d’avoir des pièces d’identité et a aussi droit à un passeport s’il le désire. Ce n’est donc pas à un ancien Chef d’Etat comme l’est le Président Laurent Gbagbo, que l’on pourrait refuser un passeport.
Je ne comprends donc pas que l’on fasse des difficultés pour lui en délivrer un.
Je voudrais d’ailleurs noter que le gouvernement n’a pas encore dit qu’il ne lui délivrerait pas de passeport. Cependant il convient de faire remarquer que le délai mis pour lui donner satisfaction est anormalement long, vu que selon le site de l’institution chargée de ce type de dossier, le délai prévu pour répondre à un citoyen ivoirien vivant hors du pays et qui demande un passeport, est de quinze (15) jours.

Le Président Laurent Gbagbo, d’après son avocate, attend depuis près d’un mois. Ça devient tout simplement suspect. Mais je pense que le gouvernement lui délivrera son passeport parce qu’il y a droit. Et puis, il vit à Bruxelles, et circule sans aucun document. Comme il n’est pas en Côte d’Ivoire, le passeport lui aurait été utile ne serait-ce que dans ce cadre. Imaginez un instant qu’un policier l’arrête en chemin et qu’il n’ait aucun document à présenter…

Vous qui avez été son proche collaborateur, est-ce que vous avez entrepris des démarches auprès des autorités ivoiriennes pour donner une suite favorable à cette demande ?
Non, pas officiellement, car il ne m’appartient pas de poser ce genre d’actes.
Cependant, je donne mon avis chaque fois que j’en ai l’occasion, chaque fois que je rencontre quelques membres du gouvernement. Je leur dis ce que je pense qu’il devrait faire pour que nous ayons la paix, en évitant certaines injustices. Parce que, pour moi, ne pas lui donner un passeport est frustrant et moi je me sens frustré, je leur dis ma frustration. J’ai déjà dit à plusieurs membres du gouvernement, ma frustration. C’est cela les actes que je peux poser. Mais officiellement, il faut noter que le président Laurent Gbagbo a un parti qui agit, il a ses avocats, les membres de sa famille. Nous ne pouvons que les accompagner et les soutenir dans les actions qui sont posées. Il ne faut pas y aller en désordre.

Certains trouvent que la candidature d’Alassane Ouattara est anticonstitutionnelle. Est-ce votre avis ?

Je voudrais donner mon point de vue et je voudrais qu’on note qu’il n’engage pas mon parti.
Je ne suis pas un juriste constitutionnaliste mais quand je lis la Constitution de 2016, ce que je comprends c’est que les deux mandats dont il est question sont ceux qu’il vient d’accomplir. Selon moi l’esprit et le lettre des dispositions de la constitution rejette la possibilité de faire acte de candidature dans le cas d’espèce dont nous parlons. Cette candidature ne respecte donc pas les dispositions de la constitution.

Depuis l’annonce de cette candidature de Ouattara, on assiste à des manifestations de protestation dans certaines communes et localités ivoiriennes. On enregistre des morts, des blessés et d’importants dégâts matériels. Comment réagissez-vous à cela ?

Je voudrais commencer par m’incliner devant les dépouilles de toutes les personnes qui sont décédées dans le cadre de ces manifestations et souhaiter aux blessés, un prompt rétablissement. Le droit de manifester est constitutionnel. C’est même un droit universel. Je pense que le gouvernement devrait laisser les citoyens manifester et encadrer ces manifestations. C’est la vision du Cap-UDD et c’est la mienne.
J’encourage donc le gouvernement à plutôt revenir sur sa décision et à laisser les gens marcher et manifester et que les forces de l’ordre les encadrent simplement. Je pense que ce sera moins frustrant pour chacun.

Aujourd’hui les positions sont tranchées entre l’opposition et le pouvoir. Que proposez-vous face à cette situation ?
Sur le plan politique, on trouve deux grands blocs en Côte d’Ivoire. Il y a le bloc des Houphouëtistes et celui des Gbagboistes. Quand vous prenez le bloc des Houphouëtistes, ils disent, et Houphouët-Boigny nous l’a souvent répété, que «le dialogue est l’arme des forts ». Et Houphouët-Boigny nous avait même convaincu de faire du dialogue, la deuxième religion de chacun des Ivoiriens.


Du côté des Gbagboistes, le président Laurent Gbagbo a toujours dit : « Asseyons-nous et discutons ». Nous constatons donc que dans tous les deux camps, l’importance du dialogue est reconnue.
Je ne comprends pas que nous soyons en train d’aller dans le mur et que l’on n’utilise pas ce qu’on a toujours chanté. Donc ma proposition, c’est qu’il faut arrêter tout ce qui est en train d’être fait, y surseoir et se retrouver pour discuter franchement. Qu’on prenne le temps de discuter. Certains diront que c’est une perte de temps, mais ce ne sera jamais plus une perte de temps que celui que nous fera perdre la crise postélectorale.

Mais nous sommes à deux mois de l’élection présidentielle du 31 octobre prochain…
Vous pensez que deux mois, ce n’est pas suffisant pour discuter ? On peut décaler les élections. Il ne faut pas avoir un fétichisme des dates au risque d’aller tout droit dans une crise où l’on va perdre beaucoup de temps, de vies humaines, de biens. Par ailleurs, tout ce qu’on aura réalisé, on va le détruire. Cela servirait à quoi de revenir après pour tout recommencer, simplement parce qu’on n’a pas voulu s’arrêter. Arrêtons-nous, discutons. Réglons les problèmes

Comment jugez-vous les premiers pas de Hamed Bakayoko à la Primature ?
Je ne sais pas quelle est la feuille de route que le président Alassane Ouattara a donné à Hamed Bakayoko. Mais le Hamed Bakayoko que je connais et avec qui nous avons travaillé depuis 2011 dans le cadre du dialogue politique, est quelqu’un qui aime discuter. Là, je ne le vois pas en train de poser ce genre de pas. Quand il a commencé, il a reçu quelques chefs de partis politiques. Je me suis dit, ça y est, il y va.
Et puis, il s’est arrêté. Mais quel que soit alpha, il devrait se saisir de la question et faire ce qu’il sait faire le mieux, c’est-à-dire appeler les Ivoiriens à la discussion. Le dialogue peut être sa feuille de route. Il peut lui-même prendre ces responsabilités et ouvrir le dialogue avec les Ivoiriens pour nous éviter une crise électorale.

Vous n’avez pas pris d’initiatives en ce sens ?
Dans la situation dans laquelle nous sommes, je donne mon avis chaque fois que j’en ai l’occasion et je fais des propositions.

Quelles sont ces propositions, concrètement ?
J’estime que dans la situation dans laquelle nous sommes, il ne sert à rien de chercher à régler d’autres choses si ce n’est que la recherche de la paix et de la cohésion sociale.
La préoccupation des Ivoiriens aujourd’hui, c’est comment organiser des élections libres, justes, transparentes et inclusives.On pense beaucoup moins aujourd’hui à la construction de ponts et de routes.
On a besoin de la paix. Il faut que l’on arrête d’effrayer les Ivoiriens et que les Ivoiriens ne tremblent plus chez eux, qu’ils voient que nous sommes dans la paix. La paix, ça n’a pas de prix et c’est cette paix-là qu’il faut rechercher, réussir à faire en sorte que les Ivoiriens se fassent confiance à nouveau. J’avoue qu’aujourd’hui, chacun doute de chacun. Tout le monde se méfie de tout le monde.

Et on doute de la Cei, du Conseil constitutionnel. Alors quel que soit le résultat que vous sortirez après les élections, il sera remis en cause. A quoi cela sert-il d’aller à des élections dans ces conditions ? A quoi ça sert-il de vouloir respecter le calendrier constitutionnel si c’est pour que l’on aboutisse à une crise postélectorale. Pourquoi ne pas s’arrêter, discuter avant ? Comme le disait Houphouët-Boigny, on peut faire toutes les guerres qu’on veut, à la fin, on terminera par le dialogue. Lui, Houphouët-Boigny disait : « je préfère commencer par le dialogue ».

Faut-il comprendre par là-même que c’est un appel au dialogue que vous lancez à tous ?
Nous lançons un appel au dialogue. Nous appelons au dialogue toute la Côte d’Ivoire, toute la classe politique.

Qui va prendre l’initiative de ce dialogue ?
Il appartient au président Alassane Ouattara et au Premier ministre Hamed Bakayoko de nous inviter au dialogue.
Je demande donc au gouvernement d’appeler au dialogue. A l’issue de ce dialogue, nous créerons les conditions idoines pour des élections apaisées. Nous préserverons ainsi des vies humaines, et éviterons la casse de nos infrastructures et des biens des citoyens. Nous aurons la paix et celui qui aura perdu les élections reconnaitra et acceptera qu’il a perdu et les populations qui le soutiennent, reconnaitront sa défaite.
Je pense que si l’on permet au président Gbagbo, à Guillaume Soro de venir et d’être candidats et que l’on organise des élections avec des organes dont personne ne doute, nous aurons la paix. Autrement, les suspicions seront toujours grandes.


Au Cap-UDD, c’est notre vision. C’est pour cela que depuis 2011, quand nous avons créé notre parti, nous avons toujours discuté. Nous nous sommes battus pour obtenir la normalisation de la vie sociopolitique en Côte d’Ivoire, pour aider des camarades qui étaient en prison à sortir de prison, à ceux qui étaient en exil qui le voulaient ou qui le pouvaient, de rentrer.
Je pense qu’il y a encore là une occasion pour que chacun d’entre nous se batte pour la paix.

Interview réalisée par Soir Info
NB : le titre est de cotedivoire-today.net

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