Accueil Politique Les manœuvres du Rhdp dans le ‘’bastion de Bédié’’ pour affaiblir le Pdci-Rda

Les manœuvres du Rhdp dans le ‘’bastion de Bédié’’ pour affaiblir le Pdci-Rda

Par Réné Ramissou
le Rhdp à la conquête des voix des Baoulés

Le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), a animé, samedi 20 juin 2020, un meeting au Foyer polyvalent Allah Thérèse de Toumodi. Au cours de cette rencontre, Adama Bictogo a affirmé : ‘’la Reine (la Reine-mère des Baoulés, à Sakassou, Ndlr) a assuré au Rhdp du soutien des Baoulés’’. En recoupant l’information, une source à Sakassou nous apprend qu’une délégation de ce parti, conduite par Adama Bictogo, Secrétaire exécutif du Rhdp et composée des ministres Jean-Claude Kouassi, des Mines et de la Géologie, Sidi Tiémoko Touré, de la Communication et des Médias ; par ailleurs député de Béoumi et de Jeanne Adjoua Peuhmond, de la direction du Rhdp et fille du département, a rencontré la Reine-mère, la mère du Roi régnant, Nanan Kassi Anvo. A-t-elle effectivement déclaré les propos rapportés au meeting de Toumodi ? Des membres de la cour familiale où a eu lieu la rencontre et non à la Cour royale, joint par téléphone, ne le confirment pas.


Il est bon de rappeler que la rencontre s’est tenue un jour avant que Henri Konan Bédié, cadre baoulé et président du Pdci-Rda, n’accepte la sollicitation des instances de son parti pour être leur candidat à la présidentielle d’octobre prochain. Le Rhdp avait-il déjà le ‘’son’’ ? Rien est moins sûr. Il est clair qu’avec cette candidature de Bédié, ce sera l’assaut, bientôt, du Rhdp, dans les Régions et même dans les campements des Baoulés dont on dit qu’ils sont officiellement un peu plus de trois millions d’individus en Côte d’Ivoire ; soit environ 23% de la population ivoirienne. Initialement, c’est Jeannot Ahoussou Kouadio qui devait jouer ce rôle d’attirer ce peuple vers ce parti qui vote en majorité, Pdci-Rda, depuis l’ère Houphouët-Boigny, 1er Président du pays. En sa qualité de député de Didiévi, président du Conseil régional du Bélier et de président de l’Association des Elus et Cadres Pdci-Rda du Centre.

Depuis sa nomination à la tête du Sénat, Ahoussou Jeannot a dû céder le Conseil régional du Bélier à Yéboué Kouamé Pascal, un cadre de Tiébissou, situé à quelques encablures de Yamoussoukro, capitale administrative et politique de la Côte d’Ivoire. Du fait de son départ au Rhdp, l’ancien Premier ministre a été éjecté de la direction de l’Association des Elus et Cadres Pdci du Centre, dirigé désormais par Allah Kouadio Rémi, ancien ministre de l’Environnement et du Développement durable, natif de Toumodi, qui a été contraint de ‘’libérer le tabouret’’, pour son appartenance au Pdci-Rda. De plus, du fait du départ ‘’tardif’’ au Rhdp d’Ahoussou Jeannot, qui hésitait entre son cœur (Pdci-Rda) et sa raison (le Rhdp), le terrain de la conquête des voix des Baoulés a été ‘’colonisé’’ par Amédé Kouakou, ministre de l’Equipement et de l’Entretien routier, ex chouchou du Président Bédié. Pour court-circuiter Ahoussou dans le leadership, il a mis en place, l’Association des cadres Rhdp du centre pour le développement (Accd).

C’est donc auréolé de cette double casquette qu’il parcourt, toutes les semaines, le pays mais surtout les Régions baoulés, lançant ici, des travaux du siège de son association ; là ceux de bitumage de voies et là-bas, des inaugurations de château d’eau etc. Avec un seul discours : voter Amadou Gon Coulibaly. Convaincu que si les populations bénéficient des actions de développement du gouvernement Rhdp, il n’y ait pas de raison qu’elles ne votent pas le candidat du parti, ‘’dans le droit fil de celui qui en fut l’inspirateur’’ : Alassane Ouattara. La stratégie, dans un 1er temps, consiste à débaucher les élus, surtout les maires, du Pdci-Rda, qui continuent de résister à l’appel du parti au pouvoir, malgré les promesses mirobolantes. Ce, pour faire croire qu’ils partent au Rhdp, avec leurs populations. L’objectif étant de démontrer, aux yeux de la direction de ce parti et de l’opinion publique, que Bédié est lâché par sa base électorale, qui lui a procuré pourtant, 25% des suffrages lors du 1er tour de la présidentielle de 2010. Même les campements des Baoulés en zone forestière (ouest, centre-ouest et sud-ouest), passent au peigne fin.

Ainsi, les maires de Kouassi Kouassikro (dans la Région du N’zi), Ouellé (Région de l’Iffou, région du Président Bédié), le président du Conseil régional du N’zi etc, ont déclaré solennellement et publiquement qu’ils déposent leurs valises dans ce parti. Expliquant, hors micro, les pressions et autres chantages dont ils sont l’objet de la part des dirigeants du Rhdp. Mais des cadres baoulés du centre dénoncent le fait que le président de l’Accd, en campagne pour l’élection de Gon Coulibaly, dans les différentes régions du centre du pays, ne fait que les dénigrer et insulter le président de leur parti : Henri Konan Bédié. Dans une récente vidéo, Eliane N’zi, députée de Bocanda s’en prend au ministre de l’Equipement et de d’Entretien routier ; lui reprochant de l’avoir dénigré, ainsi que le président de son parti, à Kouassi Kouassikro et à Bocanda, lors de la pose de 1ère pierre de son association, l’Accd, dans la ville des collines jumelles.


Le président de l’Accd vient également en appui à certains ministres baoulés du Centre ; notamment Jean Claude Kouassi, à Bouaké, qui a pris un coup au moral depuis qu’il a été défait par Jacques Mangoua à la présidence du Conseil régional de Gbèkè et totalement noyé par les activités d’Amadou Koné, ministre des Transports. C’est également le cas de Raymonde Goudou, à Toumodi, bombardée, au récent remaniement ministériel, ministre de la Culture et de la Francophonie, qui peine à mobiliser pour le Rhdp, dans ce département. Pour ne pas laisser complètement le terrain à Amédé Kouakou, Ahoussou Jeannot tente d’exister. A la veille de pâques, moment où on observe un mouvement de populations baoulés, des zones cacaoyères vers leurs villages, au centre du pays (dénommé paquinou), le Président du Sénat s’est fendu d’une déclaration, demandant à ses ‘’parents baoulés’’, de surseoir à cette fête, cette année, du fait de la pandémie à coronavirus afin de respecter les mesures barrières édictés par le gouvernement ivoirien. Une déclaration qui a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Lesquelles se demandaient à quel titre, Ahoussou s’adressait ainsi aux Baoulés.

Le 24 avril dernier, il s’était rendu à la Cour royale de Sakassou pour rencontrer la Reine-mère de ce peuple, Akoua Boni II, les bras chargés de cadeau. ‘’Ces dons, destinés à la Cour royale, aux différents cantons et tribus ainsi qu’aux 2800 villages du Royaume baoulé, sont composés de 30 tonnes de riz, 100 cartons d’huile, 100 cartons de gel hydro alcoolique, 500 dispositifs de lavage des mains et 100 cartons de savon’’. A Yamoussoukro, le ministre-Gouverneur nommé par Alassane Ouattara, Augustin Thiam, est sur le terrain pour le compte du Rhdp. En face, Jean Kouakou Gnrangbé, maire Pdci-Rda, de la commune et des députés engagés comme Baba Sylla (Yamoussoukro commune) et Marius Konan (Attiégouakro). Pour ces élus de la terre du père fondateur de leur parti, c’est ‘’Pdci-Rda ou rien’’. De source bien informée, des Chefs de Yamoussoukro, traduisant le sentiment général des populations dont ils ont la charge, ont exprimé, depuis des mois, leur mécontentement au Président ivoirien.

Leurs griefs portent sur une promesse qu’il n’aurait pas tenue et l’abandon de la ville chère à Houphouët-Boigny depuis son avènement au pouvoir en 2011, alors qu’il avait promis s’y installer, une fois élu pendant qu’il est en train de terminer son 2è et dernier mandat. Selon certains d’entre eux, Ouattara leur aurait promis, pendant la campagne présidentielle, de nommer un fils, un Akouè, au poste de ministre. Lorsque la promesse lui a été rappelée lors d’une de ses visites à Yamoussoukro, il aurait répondu qu’il a tenu sa promesse en nommant Souleymane Diarrassouba (ministre de l’Industrie, Ndlr), ressortissant de la ville aux caïmans. Une réponse qui a provoqué le courroux de ces têtes couronnées, qui estiment que Diarrassouba, même s’il est né à Yamoussoukro, n’est pas Akouè. En ce qui concerne l’abandon de la ville, c’est après l’avoir reconnu qu’il a ordonné les travaux de réhabilitation de quelques voies dans ladite ville, alors qu’elles étaient dans un état piteux.
C’est sur ces deux tableaux et bien d’autres encore, que joue le Pdci-Rda sur le terrain.

René Ramissou

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