Accueil International Pierre Nkurunziza : que d’événements douloureux dans sa vie !

Pierre Nkurunziza : que d’événements douloureux dans sa vie !

Par Franck Tagouya
lundi 8 juin 2020 à Karuzi, meurt Pierre Nkurunziza.

La vie de celui qui vient de passer de vie à trépas la matinée du lundi 8 juin 2020 à Karuzi comme annoncé par le communiqué du gouvernement burundais, a connu de nombreux événements tragiques comme celui dans lequel se trouve son épouse, ses 6 enfants et ses proches après ce « décès inopinée ». Pierre Nkurunziza a perdu son père à l’âge de 8 ans, et de façon tragique. En effet, son père (hutu) qui était un député au parlement, a été assassiné en 1972 pendant des affrontements interethniques entre hutus et tutsis. Quant à sa mère (tutsie), elle a survécu et vit encore à Ngozi au nord du pays où le défunt président Pierre Nkurunziza est né le 18 décembre 1964.

A l’âge de 29 ans, Melchior Ndadaye, le premier président élu démocratiquement est assassiné. Le successeur de ce dernier, Cyprien Ntaryamira, a péri avec le président du Rwanda Juvénal Habyarimama. Le conflit interethnique ressurgit.
A 31 ans, alors qu’il est recherché par des tueurs, il rejoint Léonard Nyangoma, ex-ministre de l’intérieur. Ce dernier avait lancé depuis l’ex-Zaire, une rébellion en 1995, celle du Conseil national pour le développement et la démocratie (Cndd) contre les autorités de Bujumbura. La même année en novembre, il s’en ait fallu de peu que le jeune combattant perde la vie. Il s’en est sorti avec une blessure grave à la jambe. Dans les marécages, sans soins vraiment, il a pu se relever quatre mois après. Comme si cela ne suffisait pas pour la même année, son frère est tué par des étudiants extrémistes tutsis, avec 16 autres étudiants dans des violences interethniques à l’Université. En 1996, il est jugé et condamné à mort, par contumace, pour son implication dans la pose de mines anti-char qui ont causé des dizaines de morts dans la capitale Bujumbura en 1995. En 2001, il prend la tête de la rébellion.


A la suite des négociations d’Arusha, Pierre Nkurunziza rentre en 2004 au Burundi avec ses combattants, à Ruyigi à l’est du pays. Le 19 août 2005, il est élu par le congrès, l’assemblée nationale et le sénat, le parlement issu des accords d’Arusha qui recommandaient le partage du pouvoir entre hutus et tutsis. Jusqu’en 2010, le pays connut une paix sous son mandat, car en 2009, le dernier mouvement de rebelles, le Front National de Libération (Fnl), rentre à la ‘’maison’’ et participe aux institutions. Une armée nationale vit alors le jour avec l’ensemble des forces en conflit. Pour couronner le tout, des élections ont été organisées le 28 juin 2010 et Pierre Nkurunziza est élu avec plus de 91 % des voix. Mais l’opposition avait boycotté ces élections à cause des ‘’fraudes constatées’’ aux élections municipales de mai.

En avril 2015, il a annoncé sa candidature pour un nouveau mandat. L’opposition l’accusait de briguer un 3e mandat contraire à l’article 96 de la constitution du Burundi, promulguée en mars 2005. Or pour lui, il n’avait été élu qu’une seule fois au suffrage universel. Cette contestation a entraîné une crise politique qui a pour corollaire plus de 1 200 morts et 400 000 exilés burundais. Il y a même eu une tentative de coup d’état le 13 mai 2015, alors que le président Pierre Nkurunziza était à Dar es Salam pour un sommet sur la crise au Burundi. Après des combats épiques, les putschistes, conduits par le général Godefroid Niyombare, ont dû abdiquer et le président est rentré au pays le 15 mai 2015.
En procédant à la modification de la constitution le 17 mai 2018 par référendum, tout le monde pensait qu’il voulait remettre le compteur à zéro, comme c’est si courant en Afrique. Mais, il a surpris plus d’un en soutenant la candidature de son poulain, le plus fidèle parmi tous les plus fidèles, le 26 janvier 2020.


Depuis le 25 mai 2020, l’un de ses plus fidèles lieutenants, Evariste Ndayishimiye, a été proclamé, avec 68,72 % des voix, vainqueur des élections présidentielles qui ont eu lieu le 20 mai 2020. Ce dernier devrait lui offrir une retraite dorée : une prime d’un demi-million d’euros, une grande maison de fonction, un salaire un statut de « Guide suprême du patriotisme » parce qu’il n’est pas que leur guide mais aussi le ‘’Moïse’’. Ainsi s’adressait Evariste Ndayishimiye au Président Pierre Nkurunziza le 26 janvier 2020 sur le tarmac de l’aérodrome de Gitega : « Excellence, vous n’êtes pas que notre guide permanent, vous êtes notre Moïse ». Malheureusement, il ne pourra assister à la prise de fonction de son successeur, la première entre présidents sortant et entrant depuis l’indépendance en 1962, programmé pour le 20 août 2020.Le gouvernement a décrété un deuil national de sept jours à compter de mardi 9 juin 2020.


Franck Tagouya
Sources : presidence.gov.bi et rfi.fr

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