Accueil Consommateur Plafonnement des prix des produits/Marius Comoé (Associations de consommateurs) dénonce leur non-respect

Plafonnement des prix des produits/Marius Comoé (Associations de consommateurs) dénonce leur non-respect

Par Admin

Nous invitons le gouvernement à songer de plus en plus à développer une véritable politique de sécurité alimentaire par le soutien à la production, à la transformation et la commercialisation de nos produits locaux. Car, on ne peut éternellement <<confier son ventre>> à l’étranger.

Dans le droit Ivoirien, le prix des biens et services échangés dans les transactions commerciales, est déterminé par le libre jeu de la concurrence.

Ainsi, lorsque l’Autorité administrative ou gouvernementale prend la décision de fixer elle-même le prix d’un certain nombre de biens ou services dans un contexte de libéralisme économique, sa décision est tout d’abord guidée par le souci d’améliorer le pouvoir d’achat des populations, en leur garantissant un accès au prix des produits de première nécessité ou de grande consommation.

Cette faculté offerte à l’Autorité administrative par l’Ordonnance N° 2013-662 du 20 septembre 2013, relative à la concurrence revêt un intérêt aussi bien social; qu’il a un rôle de régulation de la santé de notre économie.
Cependant, elle ne peut s’exercer que sous certaines conditions, en s’appliquant qu’à des biens et services d’une certaine nature.
Des biens et services essentiels du reste au bien-être social des populations; c’est à dire leur besoin naturel de se nourrir, de se vêtir, de se soigner, de se loger, de se déplacer, de vivre dans un environnement sain, de s’éduquer ou encore de disposer de sources d’énergie.

N’est-ce pas d’ailleurs le cas, en ce qui concerne le prix de l’eau, de l’électricité, des médicaments, du carburant, de la baguette de pain, du gaz butane, des transports publics ou même des livres scolaires depuis des décennies ?
Dans le cas précis et plus spécifiquement dans ce contexte de flambée de prix généralisée, il peut revenir à nos décideurs la possibilité d’imposer deux types de politique de plafonnement des prix.

De l’un, ils peuvent fixer ou maintenir en place des prix artificiellement élevés, appelé́ des prix minimums ou « prix planchers », que le consommateur est obligé de payer, s’il veut disposer d’un bien ou d’un service désiré́.
De l’autre, les Pouvoirs publics peuvent imposer des prix artificiellement bas ou des « prix plafonds» que les Offreurs (Importateurs, Grossistes et surtout Détaillants) ne sont pas autorisés à dépasser quand ils vendent leurs produits ou services au consommateur final.

À l’évidence, c’est cette dernière option qui a retenu l’attention du Conseil des ministres du mercredi 31 mai 2017 dernier, dont les Résolutions ont été annoncées par le ministre du Commerce, de l’Artisanat et de la Promotion des PME; Monsieur Souleymane Diarrassouba; et qui vise au plafonnement strict des prix et marges des produits comme le riz, l’huile, la tomate concentrée, le sucre et le ciment; dans le secret espoir de réduire sensiblement le poids des dépenses d’alimentation dans le budget des ménages de nos concitoyens.

Malheureusement, la mise en œuvre d’une telle initiative politique tendant à garantir au consommateur le moins nanti financièrement, un accès au prix du bien ou du service concerné, peut avoir un double effet.
Premièrement, elle peut encourager les industriels à produire davantage avec un fort risque de voir leurs productions ne pas trouver preneurs.

Deuxièmement, elle peut rendre les produits concernés plus chers, de sorte à en décourager la consommation et inciter les acheteurs à se tourner vers d’autres types produits, dits de substitution.
D’ailleurs, c’est ce dernier cas qui s’applique pour le moment sur le terrain dans l’ensemble des 19 directions régionales du commerce que compte le ministère du Commerce, de l’Artisanat et de la Promotion des PME, suite à l’annonce de la mesure de plafonnement des prix.

A ce propos, une récente enquête d’opinions auprès de nos cellules de base dans les différentes Régions et Départements du commerce de notre pays (Abidjan, Yamoussoukro, Daloa, Gagnoa, Abengourou, Man, Daoukro, Bouaké, Bondoukou, San-Pédro, Bouaflé, Odienné, Korhogo, Divo, Guiglo, Dimbokro, Agboville, Adzopé, Katiola, Soubré, Boundiali, Ferké et Séguéla) atteste aisément que l’annonce relative au plafonnement des prix des produits cités plus haut, n’est point respectée par les opérateurs économiques en général, et plus singulièrement par les détaillants.

Les raisons évoquées sont évidemment liées comme on pouvait s’y attendre à l’éternel problème d’arriérés de stocks, à l’handicap d’une faible dotation en moyens logistiques des services de l’Administration publique, ayant en charge de veiller à l’application effective de ladite mesure; ainsi qu’au manque criant d’effectifs, notamment d’agents contrôleurs de Prix.
En effet, dans la plupart de nos directions régionales du commerce, l’effectif du personnel ne dépasse pas le nombre de 15 agents.
Celle de Bouaflé, par exemple, ne compte que 08 Agents.

De même, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, il nous a été donné d’observer une sous-implication des autres corps de contrôle que sont la police, la gendarmerie, les douanes, etc. pour une lutte qu’on veut efficace contre la spéculation.
Tout comme, nous avons noté dans l’ensemble que chaque fois que le gouvernement prend l’initiative de mettre en œuvre la politique de plafonnement des prix, cela ouvre grandement la porte au délaissement de certaines activités clés de contrôle des services compétents du ministère du Commerce, surtout en matière de métrologie; avec pour conséquence immédiate, une augmentation des prix par la diminution de la quantité du produit servi au consommateur par certains vendeurs véreux.

En ce qui concerne les spots télés diffusés sur les médias d’Etat et invitant les usagers à dénoncer les commerçants véreux qui violent allègrement et sans vergogne la mise en œuvre de la mesure de plafonnement des prix, il nous est revenu qu’elle aura du mal à s’appliquer du fait des difficultés sociales des ménages qui pour la plupart, hésiteront par deux fois avant de dénoncer le boutiquier du quartier qui a pour habitude de leur prêter de temps en temps du pain, une bouteille de gaz et autres condiments, lorsqu’ils en expriment le besoin.
D’où la nécessité pour le gouvernement de revoir sa politique d’information et d’éducation du consommateur, afin que celui-ci soit plus proactif en terme de dénonciation; notamment, une publicité agressive et permanente sur les prix et autres tarifs annoncés.

Un autre fait majeur révélé au cours de cette enquête, c’est la fuite de plus en plus massive des agents (tous services confondus) du ministère du Commerce, de l’Artisanat et de la Promotion des PME vers d’autres services de l’Administration publique, notamment les régies financières pour des questions de prime.

Au regard de tout ce qui précède, nous invitons le gouvernement à songer de plus en plus à développer une véritable politique de sécurité alimentaire par le soutien à la production, à la transformation et la commercialisation de nos produits locaux. Car, on ne peut éternellement <<confier son ventre>> à l’Etranger.
C’est aussi le lieu d’inviter Monsieur le ministre du Commerce à mettre en place une véritable politique d’octroi d’indemnités ou primes spéciales aux agents en service dans son département ministériel avec obligation de résultats.

Enfin, nous appelons de tous nos vœux, la mise en place du Conseil national de la consommation (structure en charge de permettre la confrontation et la concertation des représentants des intérêts collectifs des consommateurs, usagers et les représentants des Professionnels, des services publics, des pouvoirs publics pour tout ce qui a trait aux problèmes liés à la consommation).

Marius COMOÉ (Président de la Fédération des Associations de Consommateurs Actifs de Côte d’Ivoire; en abrégé : FACACI)

Source : page facebook de Marius Comoé

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